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Le
"Juste" vin...
Mais,
de quoi s’agissait-il à la Vigne Philosophe,
en ce soir de décembre, période de fin
d’année, où frilosité rime
avec feu de bois , mitaines, écharpes, ambiances
chaleureuses, rencontres amicales ?
Bien évidemment, du bon vin, pardi ! Et des fragrances
qu’il distille, et des goûts de framboise,
de mousse, d’écorce qu’il laisse
s’épanouir en bouche, mais aussi et surtout
de sa robe, lorsqu’elle est rouge, vermillon et
transparente, grenat, rubis ou coquelicot, ou qu’elle
évoque le sang, couleur plus inquiétante…
Les nuances ne lui manquent donc pas à ce rouge,
qualifié par des dizaines d’adjectifs obligeant
l’amoureux du vin à enrichir son vocabulaire,
à différencier les qualificatifs, de manière
à créer une langue aussi subtile que le
vin… Celui-ci rendrait donc plus subtil, plus
fin quiconque met ses sens au service du raisin sublimé
?
Et ce rouge carmin, cardinal ou incarnat qui nous reste
en bouche est long aussi dans nos évocations
visuelles, émotionnelles telles la ferveur, la
colère ou l’interdit, ou la honte, ou la
passion amoureuse…sans compter les symboles véhiculés
à travers l’histoire et les cultures.
Venons-en
à cette boisson, exaltante pour l’homme
et ses sentiments, mise au service de son unique plaisir
des sens, de son unique plaisir tout court, puisqu’elle
accompagne les moments joyeux, heureux de l’humanité
et qu’elle adoucit la tristesse.
Dès que ce breuvage que l’on dit des dieux
coule dans notre gorge, il agit sur notre psychisme,
notre humeur, nos comportements, nos émotions.
Le neurologue pointera l’aspect biologique et
le psychologue son effet désinhibiteur; le philosophe
dira qu’il rend l’esprit vivace, le dilate,
le met en verve et le médecin convaincra sans
peine de son effet bienfaisant sur la santé,
grâce aux polyphénols, tandis que son confrère
hygiéniste nous rappellera à son rôle
antiseptique.
Et l’enfant ne dit rien, n’affirme rien,
mais il voit deux yeux scintiller comme étoiles…
Et l’humaniste , discret, pense que le vin rapproche
les hommes, amplifie la gentillesse, favorise la fraternité
et que le premier humaniste fut, bien sûr, Noé
: aussitôt les pieds au sec, dit la Genèse,
Noé planta une vigne. N’est-ce pas beau
?
Je
disais donc, qu’en excitant nos papilles gustatives,
le bon vin, à juste dose, ouvre le cœur,
rapproche les hommes, célèbre la vie et
l’amitié. Oui, mais à juste dose…
Et c’est bien là où je voulais en
venir, sans souci de digression en m’attardant
un tantinet à ce petit mot de cinq lettres, ni
plus ni moins ; juste ce qu’il faut, juste ce
dont on a besoin pour le comprendre et l’explorer.
Plus court que justice, justesse ou justement, il se
glisse entre eux, délicatement, mais nous ouvre
à une réflexion plus grande, en profondeur,
si nous en faisons le choix.
En effet, que ce soit dans le trop ou le trop peu, le
plein ou le vide, le noir ou le blanc, le déluge
ou la sécheresse, l’excès peut mener
au chaos et, à long terme étouffer la
vie, faute de nuance, de discernement, de sagesse. Cette
recherche du juste se retrouve au travers de nos actes,
nos gestes, notre pensée et imprègne jusqu’à
la qualité de notre vie relationnelle, de notre
vie au quotidien : c’est en ce sens qu’on
parle de bonne distance, je préfère dire
la juste proximité qui témoignerait d’une
maturité affective.
Cette
recherche du juste est belle, car elle procède
de la connaissance de soi, de l’autre, du monde;
elle est donc infinie puisqu’elle participe à
notre transformation . elle commence avec le territoire
physique et, ensuite, par géographie émotionnelle
nous mène vers cet aspect spirituel dont chacun
capte à sa manière une petite parcelle
qu’il ensemence et fait grandir.
En
fait, vous constaterez que le vin peut nous mener loin
dans notre voyage intérieur, et qu’il n’est
que prétexte à randonnée : il suffit
d’endosser avec bonheur son sac à dos,
se mettre en route, accueillir les paysages qui s’offriront
à nous, arrêter la ligne d’horizon
selon nos étonnements, nos découvertes,
nos désirs. Mais à chacun son agence de
voyage, bien sûr, et à la prochaine fois
!
Amicalement. Anne.
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