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Petit billet vigneron…qui prolonge la réflexion de la Vigne de décembre 2003 dont le thème était: «Arts,philosophies,vins quels liens ? La symbolique des rouges et des robes du vin. Clés del’Esthétique » .

Le "Juste" vin...

Mais, de quoi s’agissait-il à la Vigne Philosophe, en ce soir de décembre, période de fin d’année, où frilosité rime avec feu de bois , mitaines, écharpes, ambiances chaleureuses, rencontres amicales ?
Bien évidemment, du bon vin, pardi ! Et des fragrances qu’il distille, et des goûts de framboise, de mousse, d’écorce qu’il laisse s’épanouir en bouche, mais aussi et surtout de sa robe, lorsqu’elle est rouge, vermillon et transparente, grenat, rubis ou coquelicot, ou qu’elle évoque le sang, couleur plus inquiétante…
Les nuances ne lui manquent donc pas à ce rouge, qualifié par des dizaines d’adjectifs obligeant l’amoureux du vin à enrichir son vocabulaire, à différencier les qualificatifs, de manière à créer une langue aussi subtile que le vin… Celui-ci rendrait donc plus subtil, plus fin quiconque met ses sens au service du raisin sublimé ?
Et ce rouge carmin, cardinal ou incarnat qui nous reste en bouche est long aussi dans nos évocations visuelles, émotionnelles telles la ferveur, la colère ou l’interdit, ou la honte, ou la passion amoureuse…sans compter les symboles véhiculés à travers l’histoire et les cultures.

Venons-en à cette boisson, exaltante pour l’homme et ses sentiments, mise au service de son unique plaisir des sens, de son unique plaisir tout court, puisqu’elle accompagne les moments joyeux, heureux de l’humanité et qu’elle adoucit la tristesse.
Dès que ce breuvage que l’on dit des dieux coule dans notre gorge, il agit sur notre psychisme, notre humeur, nos comportements, nos émotions.
Le neurologue pointera l’aspect biologique et le psychologue son effet désinhibiteur; le philosophe dira qu’il rend l’esprit vivace, le dilate, le met en verve et le médecin convaincra sans peine de son effet bienfaisant sur la santé, grâce aux polyphénols, tandis que son confrère hygiéniste nous rappellera à son rôle antiseptique.
Et l’enfant ne dit rien, n’affirme rien, mais il voit deux yeux scintiller comme étoiles…
Et l’humaniste , discret, pense que le vin rapproche les hommes, amplifie la gentillesse, favorise la fraternité et que le premier humaniste fut, bien sûr, Noé : aussitôt les pieds au sec, dit la Genèse, Noé planta une vigne. N’est-ce pas beau ?

Je disais donc, qu’en excitant nos papilles gustatives, le bon vin, à juste dose, ouvre le cœur, rapproche les hommes, célèbre la vie et l’amitié. Oui, mais à juste dose… Et c’est bien là où je voulais en venir, sans souci de digression en m’attardant un tantinet à ce petit mot de cinq lettres, ni plus ni moins ; juste ce qu’il faut, juste ce dont on a besoin pour le comprendre et l’explorer. Plus court que justice, justesse ou justement, il se glisse entre eux, délicatement, mais nous ouvre à une réflexion plus grande, en profondeur, si nous en faisons le choix.
En effet, que ce soit dans le trop ou le trop peu, le plein ou le vide, le noir ou le blanc, le déluge ou la sécheresse, l’excès peut mener au chaos et, à long terme étouffer la vie, faute de nuance, de discernement, de sagesse. Cette recherche du juste se retrouve au travers de nos actes, nos gestes, notre pensée et imprègne jusqu’à la qualité de notre vie relationnelle, de notre vie au quotidien : c’est en ce sens qu’on parle de bonne distance, je préfère dire la juste proximité qui témoignerait d’une maturité affective.

Cette recherche du juste est belle, car elle procède de la connaissance de soi, de l’autre, du monde; elle est donc infinie puisqu’elle participe à notre transformation . elle commence avec le territoire physique et, ensuite, par géographie émotionnelle nous mène vers cet aspect spirituel dont chacun capte à sa manière une petite parcelle qu’il ensemence et fait grandir.

En fait, vous constaterez que le vin peut nous mener loin dans notre voyage intérieur, et qu’il n’est que prétexte à randonnée : il suffit d’endosser avec bonheur son sac à dos, se mettre en route, accueillir les paysages qui s’offriront à nous, arrêter la ligne d’horizon selon nos étonnements, nos découvertes, nos désirs. Mais à chacun son agence de voyage, bien sûr, et à la prochaine fois !
Amicalement. Anne.

 

 

 

 

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