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Ombre
et Lumière...
Lorsque, au détour du chemin, vous
croisez un ami, un voisin, la conversation s'engage
habituellement par une évaluation instantanée
et précise du climat, de la météo
du jour.
Qu'il gèle, bruine, ou fasse tempête, le
" temps qu'il fait " est prétexte à
la rencontre et permet, par un langage codé,
de s'accorder à l'autre.
Ecoutons plutôt : " Salut, Jean ! Il fait
doux, aujourd'hui. Ce petit répit entre deux
froidures me fait du bien ! "
" Bonjour, Marie ! Le ciel pleure ce matin ; il
en tombe des hallebardes. La Lesse est bien haute et
elle monte encore ! Pourvu qu'elle en reste là,
pardi ! "
"
Soir, François ! Ca gèle
ferme ; vise un peu les étoiles : quelle brillance
! Elles s'apprêtent déjà pour Noël
! " Et chacun remonte l'écharpe enroulée
doublement autour du cou.
D'autres humains introduisent la rencontre, rituellement,
par un commentaire sur la lumière ; ceux-ci partagent
un langage commun. Ils en parlent tous les jours de
la vie, comme on s'informe des nouvelles du monde, comme
on prend son petit déjeuner, comme on fait son
lit
mais ils ne la banalisent pas, que du contraire
!
" Salut, Daniel ! Il fait terne et la lumière
est bien plate. Ca ne nous remonte pas le moral, à
vrai dire ". Le manque de lumière est assimilé
à de la monotonie, à de la tristesse,
et il est prouvé depuis déjà belle
lurette qu'elle agit sur notre système nerveux.
Mais, s'il s'avère qu'en ce jour de rencontre,
elle est plus qu'extraordinaire, les habitants de la
Planète Lumière vont s'informer l'un l'autre
de ce grand événement par téléphone,
par fax, par e-mail, par satellite, que sais-je, par
tous les moyens de transmission connus et existant à
ce jour
" Pierre, as-tu remarqué comme elle était
en beauté, ce jour, vers les seize heures ? "
(on ne dit plus : à l'heure de l'angelus) .
Dernièrement dans une file d'attente à
la poste, je profitais bien de ces moments pour rêver,
réfléchir, ou écouter tout simplement;
à l'extérieur la lumière était
superbe, fière , franche, droite et blanche,
redonnant vie à la moindre feuille morte. Derrière
moi , l'inconnue disait : " Ca ne durera pas, ils
l'ont dit à la radio ". Et de soupirer,
en chur, elle et sa voisine
En quittant le bureau de poste, j'ai regardé
la lumière, comme la première fois. Elle
était si généreuse que je m'en
suis emplie les yeux, les neurones, l'âme. Je
m'en suis gavée comme jamais : l'éphémère
rend glouton . J'ai fait mes réserves pour les
jours de disette, pour les deuils à venir, pour
la partager, si nécessaire, avec les humains
qui n'y ont pas encore recours.
Car, lorsque cette lumière vous surprend, encore
plus qu'à l'accoutumée ; lorsqu'elle se
pose tout près de vos yeux, à fleur de
regard, à la limite de son ombre, toute en nuances
presque arc-en ciel, vaporeuse et parfumée à
vous en priver de souffle, au mieux de la beauté
du monde, il ne reste plus de mots, il ne nous reste
que le silence dans sa toute-puissance pour la valider,
pour l'évoquer dans son mystère
Ce soir, du fond de chaque regard s'échappait
une petite lumière, et une quarantaine de lucioles
se reconnaissaient entre elles. Un rituel très
lumineux les avait introduites à la Vigne, en
ce jour de la fête d'Amnesty International, en
cette année qui se retire à pas feutrés
Il y avait urgence de beauté. C'est pourquoi,
si vous n'y voyez pas d'inconvénient, nous parlerons
de l'ombre, plus tard
en 2005 , peut-être
?
Anne
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