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Petit billet vigneron.
Qui prolonge la réflexion de la Vigne de mai donné par Michèle Ska dont le thème était :
«La Voie Chamanique, une porte vers la Connaissance de Soi »

En ce mois de mai, une Vigne de rêve…

Ce soir, à la Vigne régnait une ambiance de rêve… chamanique, sans drogue hallucinogène, sans tambour, mais, bien sûr, avec du bon vin !

Ce sont les Evenks, une tribu de chasseurs et de gardiens de rennes sibériens qui, les premiers, nommèrent ainsi les hommes capables de quitter leur corps pour visiter les territoires où vivent les esprits.
« Le premier auteur à avoir introduit le mot ‘chaman’ en Occident fut un ecclésiastique russe, A.Petrovitch exilé en Sibérie, au XVIIe siècle. En toungouze, langue de Sibérie, le mot chaman désigne un homme ou une femme qui entretient un contact privilégié avec les esprits » (Revue Sciences humaines- N°133).
Après avoir longtemps méprisé leur culture, dite primitive, les Occidentaux se sont penchés sur elle, troublés par la sagesse qui s’en dégageait, perplexes quant à la mise en évidence des pratiques chamaniques à travers le monde, dans de nombreuses régions où l’on peut retrouver ces «familiers du pays de l’âme» comme l’écrit si joliment l’écrivain H.GOUGAUD.

Tenter une approche du chamanisme est complexe, mais c’est prioritairement rencontrer d’autres humains, riches d’une tout autre culture, dont certains aspects nous désarçonnent : en effet, leurs pratiques nous semblent magie, illusion, hallucination, voire manipulation, car notre œil, peut-être, ne perçoit pas ce qu’ils voient, et notre cerveau n’intègrerait donc pas cette autre carte du monde. Nos sens sont éduqués d’une autre manière, entraînant une perception et une pensée et logique différentes. Leurs planètes nous semblent inaccessibles… nos filtres mentaux nous séparent, nous empêchant de nous rejoindre, d’échanger nos patrimoines. Et si la culture est loin d’être universelle, nous foulons ensemble la même terre !
En finir avec l’ethnocentrisme est de mise : la culture, dite « sauvage » a bien des choses à nous apprendre. Alors, abattons les murs de nos territoires fermés, ouvrons nos frontières, osons l’insécurité, repoussons nos limites rationalisantes si nous voulons aller vers l’autre ; mais, voyager vers d’autres cieux intérieurs impose un lâcher-prise à nos croyances, et se laisser déstabiliser n’a rien d’agréable !

À chacun sa culture, bien sûr ; j’aime revisiter la mienne et me questionner sur ses ressources où je peux puiser au gré de mes nécessités. Je pense précisément au rêve, à cette capacité qu’ont tous les humains d’explorer d’autres réalités et de s’y promener à leur guise ; j’ai envie de le mettre à l’honneur, là, tout de suite, de le réhabiliter, de faire son apologie en quelque sorte, car s’il se présente sous une certaine forme dans le chamanisme, il nous est tout aussi précieux dans la célébration de notre quotidien. Le rêve n’est-il pas magie de par cette capacité extraordinaire que possède l’individu de transformer la réalité en une autre, aussi vraie pour lui-même ?

Si nous utilisons bien le pouvoir du rêve éveillé, il peut nous offrir plusieurs fonctions comme celle de nous détendre, de nous protéger lorsqu’il est fuite, évasion par exemple.
C’est ainsi qu’il peut être un voyage confortable, intemporel, léger, lointain, silencieux, aérien, sans limites, sans carburant, non polluant, reposant. Échappatoire et retrouvailles avec soi-même, il nous déconnecte pour mieux nous brancher sur notre partie créative. Ne dit-on pas qu’Einstein était un grand rêveur ?

Mais, au fait, quel est l’empêcheur de rêve ? Notre éducation ? L’agitation du monde ? La pratique de la surconsommation en tous genres ? Notre activisme obsessionnel ? Ou, un manque de temps ? Un temps programmé, planifié, instrumentalisé par l’homme à des fins productives… Car, le rêve n’a pas droit de cité dans notre univers hyperactif, productif, rébarbatif où il n’y a pas de place pour les rêveurs.

Je rêve d’être rêveuse professionnelle, de pouvoir être rémunérée pour rêver, d’être fonctionnaire, carriériste du rêve… Quel bonheur, rien qu’à l’imaginer !

Et puis, rappelez-vous : le rêve est une des premières activités du petit de l’homme. Le rêve grandit, et l’enfant l’accompagne en jouant ; ensemble, ils traversent les cycles de vie, plus ou moins calmement. Il leur arrive de se perdre de vue parfois, ou à tout jamais. Or, abandonner son rêve, c’est se condamner, c’est se retrouver amputé de son essence humaine, c’est se résigner à subir.
D’autres, ayant fait œuvre de vigilance dans la vie, le retrouvent un jour, sur leur chemin et pressentant la richesse de ce présent, en prennent bien soin, car ils ont appris que rêver à nouveau, c’est contacter encore, réanimer l’enfant intérieur dont chacun a tellement besoin, démarche première et fréquente d’une réconciliation avec soi-même

Je n’ai pas rencontré don Juan, chaman de Castaneda, ni Pachita, la guérisseuse, ni Olga, la chamane sibérienne, ni d’autres tout aussi troublants, mais je les ai lus goulûment, lovée comme d’habitude au creux des récits, insatiable, insatisfaite d’un cerveau pas assez serviable pour m’aider à toucher leurs mystères…

Cultiver le rêve, c’est entretenir un jardin fait de secrètes germinations, c’est embellir une seconde résidence, c’est élever sa conscience… Oui, le rêve éveille à soi, élargit la conscience, détend et nourrit, aère, ressource et recharge d’énergie. De plus, il nous libère de nos prisons intérieures : lieu de liberté totale, il ne fait l’objet d’aucun jugement, d’aucune censure, d’aucune sentence…
Il n’attise pas la concupiscence, n’est pas coté en bourse, échappe aux ventes aux enchères puisque gratuit, tout en étant inusable (fait plutôt rarissime dans notre société à « usage unique ! » )
Enfin, il est lieu de l’au-delà de soi, en nous exposant à la création, à notre transcendance… Il ne prend pas de place et ne demande aucun soin, si ce n’est une présence à soi-même, arrosée d’un filet de lumière.

Chaque rêve porte l'homme en lui … léger comme brise et pesant d’infini…
Un trésor à fleur d’âme ! A se réapproprier d’urgence…


Amicalement. Anne.

 

 

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