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En
ce mois de mai, une Vigne de rêve…
Ce
soir, à la Vigne régnait une ambiance
de rêve… chamanique, sans drogue hallucinogène,
sans tambour, mais, bien sûr, avec du bon vin
!
Ce
sont les Evenks, une tribu de chasseurs et de gardiens
de rennes sibériens qui, les premiers, nommèrent
ainsi les hommes capables de quitter leur corps pour
visiter les territoires où vivent les esprits.
« Le premier auteur à avoir introduit le
mot ‘chaman’ en Occident fut un ecclésiastique
russe, A.Petrovitch exilé en Sibérie,
au XVIIe siècle. En toungouze, langue de Sibérie,
le mot chaman désigne un homme ou une femme qui
entretient un contact privilégié avec
les esprits » (Revue Sciences humaines- N°133).
Après avoir longtemps méprisé leur
culture, dite primitive, les Occidentaux se sont penchés
sur elle, troublés par la sagesse qui s’en
dégageait, perplexes quant à la mise en
évidence des pratiques chamaniques à travers
le monde, dans de nombreuses régions où
l’on peut retrouver ces «familiers du pays
de l’âme» comme l’écrit
si joliment l’écrivain H.GOUGAUD.
Tenter
une approche du chamanisme est complexe, mais c’est
prioritairement rencontrer d’autres humains, riches
d’une tout autre culture, dont certains aspects
nous désarçonnent : en effet, leurs pratiques
nous semblent magie, illusion, hallucination, voire
manipulation, car notre œil, peut-être, ne
perçoit pas ce qu’ils voient, et notre
cerveau n’intègrerait donc pas cette autre
carte du monde. Nos sens sont éduqués
d’une autre manière, entraînant une
perception et une pensée et logique différentes.
Leurs planètes nous semblent inaccessibles…
nos filtres mentaux nous séparent, nous empêchant
de nous rejoindre, d’échanger nos patrimoines.
Et si la culture est loin d’être universelle,
nous foulons ensemble la même terre !
En finir avec l’ethnocentrisme est de mise : la
culture, dite « sauvage » a bien des choses
à nous apprendre. Alors, abattons les murs de
nos territoires fermés, ouvrons nos frontières,
osons l’insécurité, repoussons nos
limites rationalisantes si nous voulons aller vers l’autre
; mais, voyager vers d’autres cieux intérieurs
impose un lâcher-prise à nos croyances,
et se laisser déstabiliser n’a rien d’agréable
!
À
chacun sa culture, bien sûr ; j’aime revisiter
la mienne et me questionner sur ses ressources où
je peux puiser au gré de mes nécessités.
Je pense précisément au rêve, à
cette capacité qu’ont tous les humains
d’explorer d’autres réalités
et de s’y promener à leur guise ; j’ai
envie de le mettre à l’honneur, là,
tout de suite, de le réhabiliter, de faire son
apologie en quelque sorte, car s’il se présente
sous une certaine forme dans le chamanisme, il nous
est tout aussi précieux dans la célébration
de notre quotidien. Le rêve n’est-il pas
magie de par cette capacité extraordinaire que
possède l’individu de transformer la réalité
en une autre, aussi vraie pour lui-même ?
Si
nous utilisons bien le pouvoir du rêve éveillé,
il peut nous offrir plusieurs fonctions comme celle
de nous détendre, de nous protéger lorsqu’il
est fuite, évasion par exemple.
C’est ainsi qu’il peut être un voyage
confortable, intemporel, léger, lointain, silencieux,
aérien, sans limites, sans carburant, non polluant,
reposant. Échappatoire et retrouvailles avec
soi-même, il nous déconnecte pour mieux
nous brancher sur notre partie créative. Ne dit-on
pas qu’Einstein était un grand rêveur
?
Mais,
au fait, quel est l’empêcheur de rêve
? Notre éducation ? L’agitation du monde
? La pratique de la surconsommation en tous genres ?
Notre activisme obsessionnel ? Ou, un manque de temps
? Un temps programmé, planifié, instrumentalisé
par l’homme à des fins productives…
Car, le rêve n’a pas droit de cité
dans notre univers hyperactif, productif, rébarbatif
où il n’y a pas de place pour les rêveurs.
Je
rêve d’être rêveuse professionnelle,
de pouvoir être rémunérée
pour rêver, d’être fonctionnaire,
carriériste du rêve… Quel bonheur,
rien qu’à l’imaginer !
Et
puis, rappelez-vous : le rêve est une des premières
activités du petit de l’homme. Le rêve
grandit, et l’enfant l’accompagne en jouant
; ensemble, ils traversent les cycles de vie, plus ou
moins calmement. Il leur arrive de se perdre de vue
parfois, ou à tout jamais. Or, abandonner son
rêve, c’est se condamner, c’est se
retrouver amputé de son essence humaine, c’est
se résigner à subir.
D’autres, ayant fait œuvre de vigilance dans
la vie, le retrouvent un jour, sur leur chemin et pressentant
la richesse de ce présent, en prennent bien soin,
car ils ont appris que rêver à nouveau,
c’est contacter encore, réanimer l’enfant
intérieur dont chacun a tellement besoin, démarche
première et fréquente d’une réconciliation
avec soi-même
Je
n’ai pas rencontré don Juan, chaman de
Castaneda, ni Pachita, la guérisseuse, ni Olga,
la chamane sibérienne, ni d’autres tout
aussi troublants, mais je les ai lus goulûment,
lovée comme d’habitude au creux des récits,
insatiable, insatisfaite d’un cerveau pas assez
serviable pour m’aider à toucher leurs
mystères…
Cultiver
le rêve, c’est entretenir un jardin fait
de secrètes germinations, c’est embellir
une seconde résidence, c’est élever
sa conscience… Oui, le rêve éveille
à soi, élargit la conscience, détend
et nourrit, aère, ressource et recharge d’énergie.
De plus, il nous libère de nos prisons intérieures
: lieu de liberté totale, il ne fait l’objet
d’aucun jugement, d’aucune censure, d’aucune
sentence…
Il n’attise pas la concupiscence, n’est
pas coté en bourse, échappe aux ventes
aux enchères puisque gratuit, tout en étant
inusable (fait plutôt rarissime dans notre société
à « usage unique ! » )
Enfin, il est lieu de l’au-delà de soi,
en nous exposant à la création, à
notre transcendance… Il ne prend pas de place
et ne demande aucun soin, si ce n’est une présence
à soi-même, arrosée d’un filet
de lumière.
Chaque
rêve porte l'homme en lui … léger
comme brise et pesant d’infini…
Un trésor à fleur d’âme !
A se réapproprier d’urgence…
Amicalement. Anne.
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