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L'art de jouir selon Michel Onfray
par Daniel Libioulle.
Octobre 2005
C’est à une promenade très érudite que le conférencier nous a conviés, une promenade dans l’histoire de l’hédonisme qui commence dans l’antiquité grecque…et qui veut réhabiliter le corps et ses cinq sens comme source de plaisir.
Bref rappel des quatre principes de l’hédonisme selon Epicure :
-ne pas craindre les dieux
-ne pas craindre la mort
-savoir que le bonheur est possible
-savoir que la douleur peut être maîtrisée

Michel Onfray, à travers ses écrits, nous convie à jouir de la beauté de l’instant présent, sans regret stérile pour le passé et sans crainte du futur.
Le philosophe a souffert d’un infarctus à l’âge de 28 ans et depuis lors, il a décidé de jouir à fond de tous les plaisirs de la vie (à l’hôpital, face à l’infirmière quasi anorexique qui le soignait, il insiste sur l’importance du beurre face à la margarine… ! un leit-motiv qu’il reprendra souvent comme un symbole de plaisir de vivre.) Il a notamment écrit « L’invention du plaisir » et « L’art de jouir ».
Quand l’être humain est devenu conscient de la précarité de son existence, il s’est tourné vers les dieux et les religions, il a dû alors obéir à toutes sortes d’interdictions et il a été amené à mépriser le corps qui devenait la source de tous les maux et le frein à la spiritualité.

De nombreux philosophes, dont Platon, prônaient l’élévation de l’âme et rejetaient les plaisirs du corps. Platon considérait Aristippe de Cyrène et Diogène le Cynique comme des êtres méprisables et de dangereux corrupteurs.
Aristippe, né en 430 ACN fonde l’Ecole Cyrénaïque ou Hédonistique. Il vivait à la cour du tyran Denis de Syracuse, mais il était très indépendant et pas du tout courtisan, il avait l’habitude de dire que entre le pouvoir et l’esclavage, il traçait son chemin de liberté…Il suit d’abord les leçons de Socrate, mais veut donner un caractère pratique à la philosophie.
Le bonheur est, dit-il, dans le plaisir quel qu’il soit, où qu’il soit, mais il faut en demeurer maître. La liberté, c’est la satisfaction des désirs, mais ceci ne peut jamais entraîner des conséquences douloureuses et néfastes pour soi et pour les autres. De sérieux garde-fous, on en conviendra…

Beaucoup de philosophes, dont Pascal, Rousseau, Freud, ont reconnu l’importance du corps dans la philosophie, puisque c’est avec le corps que nous ressentons et exprimons tout ce que la vie nous donne et… nous fait subir.
Descartes a écrit un traité où il étudie l’importance de nos réactions physiques et leurs influences sur notre état d’esprit. La Mettrie abandonne la théologie pour la médecine. Il écrit « L’Homme-machine » en 1748 où il examine les conduites mécaniques de l’homme. Au 18ème S., Diderot nous conseille de jouir du moment présent : « les plaisirs rendent les hommes bons, la vie trop austère rend les hommes tristes et méchants ».

Michel Onfray nous invite à jouir de la vie grâce à nos sens : la beauté de la nature, les fleurs, les fruits, la saveur de la nourriture, les boissons agréables, les images créées par la musique, la joie d’apprendre et de connaître de nouvelles choses, d’autres pays, la délicatesse des amitiés , le désir et le bonheur d’aimer, de procréer. Mais toujours selon une éthique qui protège des situations extrêmes, celles qui minent le corps et laissent douleur et amertume (risques inutiles, drogues, alcoolisme..)

« In medio virtus », il propose là une redécouverte de l’hédonisme qui séduit de plus en plus nos contemporains…


 

 

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