Cinq ans déjà !
A la Vigne tout avait commencé en octobre
2001, voilà, cela fait 5 ans…bon anniversaire
!!!
Une foule d’amis, plus de 50 ! le gâteau
de Mireille, le banyuls et le rivesalte grenat offerts…la
fête.
Et à l’occasion de l’événement,
la Vigne change de look et s’offre des gradins
où se serrent tous les amis et de nombreux
« nouveaux ».
Place à l’heure théâtrale,
« l’heure exquise » !
Nous allons êtres confrontés à
une famille ordinaire, ouvrière, de la région
liégeoise, sans doute de souche italienne.
Ils sont 6 en scène, dont 4 femmes, la mère,
ses 2 filles et sans doute une tante (?), avec 2 hommes
: le père que l’on découvre assez
vite dans une malle sur roulettes traînée
par la famille et le fils, en père Noël
hors saison, sans barbe blanche, naïf, peut-être
un peu simplet…
Ils sont là pour fêter un anniversaire
et passer un bon moment.
Le fils entre le premier, il chantonne : « j’aime,
j’aime la vie… », il s’accompagne
d’un tambour. Il paraît joyeux, insouciant
et irresponsable.
Le père, bien que absent et recroquevillé
dans sa malle avec le strict nécessaire, est
un élément essentiel, il soulève
de temps en temps le couvercle et prononce quelques
mots qui éclairent le spectateur, la mère
le force à rentrer en fermant la malle de force
: « tu sortiras quand je le voudrais ».
Par intervalle, la mère lui passe une canette
de jupiler ou quelques coupons de papier de toilette.
Mis de côté, père absent qui s’évade,
père au café que sa petite rappelle
comme un jeu enfantin, « coucou, papaaa !»
qui devient un appel douloureux, tragique, désespéré…sans
aucune réponse. Son fils est « son caillou
dans le soulier », sa fille, « sa tchoupette
», la mère a été «
sa déesse », maintenant, elle est seulement
« la mère »…
Quand le fils chante « qué sera, sera
» avec le tourne-disques en plastique, les femmes
l’accompagnent au refrain, mais la musique s’arrête
brusquement.
La « tante » dit qu’on va «
rendre des comptes » mais elle essaie d’amuser
les filles en dépliant de petits papiers, chacune
les déplie avec curiosité lit des phrases
souvent semblables d’un humour un peu bête.
Une des filles voudrait que la fête soit joyeuse,
elle est fragile, elle passe du rire aux larmes, lorsque
le père ne répond pas à ses appels,
la mère vient la consoler en la caressant et
en la peignant comme si c’était encore
une petite fille.
La seconde fille qui a un sourire de façade,
proclame sa grande détresse : elle voudrait
réaliser quelque chose de bien, mais elle se
sent incapable d’accéder à ce
qu’elle désire car «ce n’est
pas que je ne veux pas, mais je ne peux pas, parce
que je ne sais pas » avoue-t-elle, impuissante.
La tante tire son bonnet sur ses oreilles quand elle
entend des propos vulgaires ou incongrus.
Tous sont intéressés par un coup de
téléphone reçu par le fils, il
croit qu’un ami prend de ses nouvelles et s’en
réjouit, mais c’est pour lui vendre une
assurance-vie, ce n’était pas de l’amitié
mais du profit, il est déçu.
L’une cherche à emprunter l’auto
du père, elle est là mais sans clé
de contact qu’elle réclame, pourtant
il l’a retapée, il a fait ce qu’il
a pu. Il n’a pas « de formule magique
», ses enfants sont nés avec «
la cuillère en bouche », lui a trimé
toute sa vie, il lance des bonbons à ses enfants,
le fils se rue dessus, et il en lance aussi dans le
public, il est généreux.
Une des filles répète plusieurs fois
comme une rumeur qui s’amplifie que «
la mère trompait le père avec des Norvégiens
au bas de la rue, sous prétexte de jouer au
monopoly ». Le père n’était
pas dupe, chacun porte ses blessures.
La mère a un argument pour dominer son mari
et en faire ce qu’elle veut : elle enlève
sa veste et entame une danse du ventre des plus sexy,
le mari, docile, sort de sa malle et l’enlace
dans une danse, ils sortent de la pièce et
on entend derrière et contre la porte les bruits
rythmés qui évoquent une relation sexuelle,
la fille, gênée, chante fort et faux
pour couvrir le tumulte.
Le fils reprend sa rengaine, « j’aime,
j’aime la vie » -dérisoire- avec
la même insouciance, mais pour les spectateurs
c’est de l’humour noir ou, pire, le sentiment
tragique et pathétique d’une famille
vivant dans la précarité, comme beaucoup
d’autres, et qui tente de survivre avec ses
malaises, ses non-dit et ses blessures.
Il n’y a pas d’enseignement de «
valeurs », seulement une réalité
qui bouscule, une tragédie quotidienne. Pièce
déjantée, baroque, pleine d’humanité
et de compassion.
Pathétique, comme la condition de tous les
humains qui tentent désespérément
de trouver l’espoir et la joie de vivre.