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"Jusque là, c'est une belle histoire..."
par "Les Graines de Rideau" Théatre de la Communauté Française

Mise en scène par Marina Marini.octobre 2006

Cinq ans déjà !

A la Vigne tout avait commencé en octobre 2001, voilà, cela fait 5 ans…bon anniversaire !!!
Une foule d’amis, plus de 50 ! le gâteau de Mireille, le banyuls et le rivesalte grenat offerts…la fête.
Et à l’occasion de l’événement, la Vigne change de look et s’offre des gradins où se serrent tous les amis et de nombreux « nouveaux ».

Place à l’heure théâtrale, « l’heure exquise » !

Nous allons êtres confrontés à une famille ordinaire, ouvrière, de la région liégeoise, sans doute de souche italienne. Ils sont 6 en scène, dont 4 femmes, la mère, ses 2 filles et sans doute une tante (?), avec 2 hommes : le père que l’on découvre assez vite dans une malle sur roulettes traînée par la famille et le fils, en père Noël hors saison, sans barbe blanche, naïf, peut-être un peu simplet…

Ils sont là pour fêter un anniversaire et passer un bon moment.
Le fils entre le premier, il chantonne : « j’aime, j’aime la vie… », il s’accompagne d’un tambour. Il paraît joyeux, insouciant et irresponsable.

Le père, bien que absent et recroquevillé dans sa malle avec le strict nécessaire, est un élément essentiel, il soulève de temps en temps le couvercle et prononce quelques mots qui éclairent le spectateur, la mère le force à rentrer en fermant la malle de force : « tu sortiras quand je le voudrais ». Par intervalle, la mère lui passe une canette de jupiler ou quelques coupons de papier de toilette.

Mis de côté, père absent qui s’évade, père au café que sa petite rappelle comme un jeu enfantin, « coucou, papaaa !» qui devient un appel douloureux, tragique, désespéré…sans aucune réponse. Son fils est « son caillou dans le soulier », sa fille, « sa tchoupette », la mère a été « sa déesse », maintenant, elle est seulement « la mère »…
Quand le fils chante « qué sera, sera » avec le tourne-disques en plastique, les femmes l’accompagnent au refrain, mais la musique s’arrête brusquement.

La « tante » dit qu’on va « rendre des comptes » mais elle essaie d’amuser les filles en dépliant de petits papiers, chacune les déplie avec curiosité lit des phrases souvent semblables d’un humour un peu bête.

Une des filles voudrait que la fête soit joyeuse, elle est fragile, elle passe du rire aux larmes, lorsque le père ne répond pas à ses appels, la mère vient la consoler en la caressant et en la peignant comme si c’était encore une petite fille.

La seconde fille qui a un sourire de façade, proclame sa grande détresse : elle voudrait réaliser quelque chose de bien, mais elle se sent incapable d’accéder à ce qu’elle désire car «ce n’est pas que je ne veux pas, mais je ne peux pas, parce que je ne sais pas » avoue-t-elle, impuissante. La tante tire son bonnet sur ses oreilles quand elle entend des propos vulgaires ou incongrus.

Tous sont intéressés par un coup de téléphone reçu par le fils, il croit qu’un ami prend de ses nouvelles et s’en réjouit, mais c’est pour lui vendre une assurance-vie, ce n’était pas de l’amitié mais du profit, il est déçu.

L’une cherche à emprunter l’auto du père, elle est là mais sans clé de contact qu’elle réclame, pourtant il l’a retapée, il a fait ce qu’il a pu. Il n’a pas « de formule magique », ses enfants sont nés avec « la cuillère en bouche », lui a trimé toute sa vie, il lance des bonbons à ses enfants, le fils se rue dessus, et il en lance aussi dans le public, il est généreux.

Une des filles répète plusieurs fois comme une rumeur qui s’amplifie que « la mère trompait le père avec des Norvégiens au bas de la rue, sous prétexte de jouer au monopoly ». Le père n’était pas dupe, chacun porte ses blessures.

La mère a un argument pour dominer son mari et en faire ce qu’elle veut : elle enlève sa veste et entame une danse du ventre des plus sexy, le mari, docile, sort de sa malle et l’enlace dans une danse, ils sortent de la pièce et on entend derrière et contre la porte les bruits rythmés qui évoquent une relation sexuelle, la fille, gênée, chante fort et faux pour couvrir le tumulte.

Le fils reprend sa rengaine, « j’aime, j’aime la vie » -dérisoire- avec la même insouciance, mais pour les spectateurs c’est de l’humour noir ou, pire, le sentiment tragique et pathétique d’une famille vivant dans la précarité, comme beaucoup d’autres, et qui tente de survivre avec ses malaises, ses non-dit et ses blessures.

Il n’y a pas d’enseignement de « valeurs », seulement une réalité qui bouscule, une tragédie quotidienne. Pièce déjantée, baroque, pleine d’humanité et de compassion.
Pathétique, comme la condition de tous les humains qui tentent désespérément de trouver l’espoir et la joie de vivre.


 


 

 

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